| « IN MEMORIAM DOMINIQUE OBERTHÜR, L’HOMME ET L’ŒUVRE » | ||
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Au-delà de la peine suscitée par son départ, Dominique Oberthür demeure présent
parmi nous : le sillage heureux qu’il laisse derrière lui - sans doute issu de cette sorte de
flamme intérieure qui animait sa vie, son action familiale peu banale et révélatrice d’un
profond altruisme, son courage exemplaire pour surmonter les épreuves humaines, les
élans d’optimisme et de volonté que sa personnalité forte et généreuse a suscités chez
nombre de ses proches. Issu d’une famille au passé historique hors du commun, véritable terreau d’épanouissement des forces de caractère, Dominique Oberthür, avec son caractère entier, justement – mais non dénué d’autodérision, fait partie de ces créateurs engagés qui ont, à leur façon, marqué la Facture d’orgues française et animé les passions tourbillonnantes de leur temps. Dominique Oberthür avait ses ateliers à Saintes (17). Il s’était entouré d’une équipe de compagnons fidèles. Son œuvre fut inspirée par les grands mouvements musicaux de la seconde moitié du XXème siècle, avec leurs disparités, sinon leurs oppositions d’alors. Ses instruments reflètent son esprit créatif, sa solidité et sa droiture de caractère, son sens des équilibres et, en filigrane, sa grande sensibilité artistique et humaine. Ainsi en témoignent les orgues qu’il a construits pour la cathédrale d’Auxerre, Fontenay-le- Comte, Mareuil-sur-Lay et tous les autres instruments encore intacts sur lesquels il s’est investi, tant comme créateur que reconstructeur ou restaurateur. Dominique Oberthür était à l’écoute des grands musiciens. A Auxerre, par exemple, il évoquait souvent l’influence et les conseils reçus de Pierre Cochereau pour « cathédraliser » son instrument... Il était proche aussi de maints artistes, même en dehors du monde de l’orgue, dans une écoute mutuelle et souvent génératrice de grandes et durables amitiés. Il avait beaucoup d’idées, parfois hardies, et il a pu en réaliser l’essentiel. Par exemple le splendide « Plein-jeu de Chamades » - comme il aimait à l’appeler – de l’orgue de la cathédrale d’Auxerre ou ses affinages techniques très poussés dans les transmissions mécaniques au cœur de ses instruments. Sur le terrain créatif, Dominique Oberthür se fixait des objectifs nets lorsqu’il établissait ses projets instrumentaux, tant sur le plan technique que sonore. Il les atteignait ensuite avec expérience, persévérance et honnêteté, quitte parfois à revenir ponctuellement sur son ouvrage bien des années plus tard quand, le recul du temps aidant et soucieux de laisser derrière lui le mieux qu’il pouvait : « finalement...il faut savoir écouter le temps et l’instrument », confiait-il à ses proches avant de reprendre tel ou tel aspect de l’ouvrage. Au-delà des progrès techniques apportés à ses instruments, Dominique Oberthür avait aussi des visions d’avant-garde, en avance sur leur temps. Il avait envisagé par exemple le mélange des sons traditionnels de l’orgue avec ceux de véritables synthétiseurs (instruments qu’il distinguait bien des orgues purement électroniques). Ce concept novateur, bien que prometteur, était sans doute trop audacieux pour être accepté dans le milieu musical de l’époque. Dominique Oberthür proposa d’introduire cette idée à la cathédrale d’Auxerre, après avoir établi des relations amicales et fructueuses avec un chanteur-guitariste rock de renom international, doté d’une solide formation classique (…… ?….) (B.H : « je ne sais plus son nom ? »), mais sa proposition ne fut pas retenue. Cependant, vers la toute fin de sa vie, Dominique Oberthür eu la joie de constater que ses intuitions prenaient forme au sein d’une nouvelle dynamique internationale : aujourd’hui, de plus en plus d’instruments conçus pour de grandes salles de concert ou des édifices importants intègrent de telles innovations technologiques, offrant de nouvelles possibilités de création sonore et de composition, à destination de publics élargis. Il ne s’agit plus d’électronique pure comme à l’époque de Dominique mais, exactement dans le même esprit, d’une véritable alliance de l’orgue à tuyaux avec des technologies externes de traitement du son. Par exemple, on voit de plus en plus d’orgues dotés d’interconnexions « Midi » pour interagir avec des logiciels amenés par les musiciens 3/3 sur leurs ordinateurs portables, l’émergence de dispositifs tels que « Augmented Organ » (qui retraite informatiquement en temps réel le son des tuyaux), de concepts comme « Global Hyperorgan» (plateforme pour la musique et la recherche télématiques), , etc. Ce rapprochement entre tradition et innovation incarne parfaitement la vision avant- gardiste que Dominique Oberthür avait pressentie et défendue tout au long de sa carrière. Bien que les connaissances en organologie et en facture d’orgues, ainsi que l’éclectisme musical, aient naturellement évolué au fil du temps, l’héritage de Dominique Oberthür demeure intact à travers le plaisir que procure l’entretien, le jeu ou l’écoute de ses plus beaux instruments. Les œuvres qu’il a créées continuent d’être célébrées par les enregistrements réalisés en leur temps par les plus grands organistes de son époque. Ces moments d’écoute, ces instants où l’on perçoit la réalisation de ses intuitions, constituent sans doute le plus bel hommage qui puisse lui être rendu : chaque fois que l’on joue, que l’on entend ou que l’on prend soin de ses instruments, c’est sa mémoire qui s’anime et se perpétue, témoignage éloquent de son talent et, pour ceux qui l’ont connu, de sa force de vie. À travers ce site, l’œuvre de Dominique Oberthür continue de vivre et d’inspirer. Chacun est invité à découvrir, témoigner et enrichir ce précieux héritage, fidèle à l’esprit d’ouverture, d’innovation et de partage qui toujours animait Dominique. |
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| « UN EXEMPLE DE L’ŒUVRE DE DOMINIQUE OBERTHÜR : FOCUS SUR L’ORGUE DE LA CATHEDRALE D’AUXERRE » | Prenons, à titre d’illustration des propos précédents, l’orgue de la cathédrale d’Auxerre, le plus grand réalisé par Dominique Oberthür et sans doute son chef d’œuvre. Cet instrument a bénéficié d’un soin particulier à chaque étape, de la conception à l’harmonisation. L’élégante hardiesse de sa présence visuelle dans la cathédrale, alliée à la beauté de ses timbres et à ses qualités techniques (dans le cadre de ce qui se faisait dans les années 1980), a séduit de nombreux artistes de renom, dont les enregistrements et concerts témoignent encore aujourd’hui de son excellence. Pour y parvenir, Dominique Oberthür a cherché et a développé au fil de sa carrière une façon de faire qui lui est propre, tant sur le plan technique que sur le plan sonore. Les transmissions mécaniques des notes : Tout en s’appuyant sur les ancestraux principes de base, parfaitement respectés, la conception de détail et la mise en œuvre sont modernisés et personnalisées « Oberthür ». Finement réalisées à base de matériaux modernes, tels que la fibre de carbone et l’aluminium, les transmissions mécaniques entre les claviers et les tuyaux sont « compensées » pour les stabiliser lors des variations hygrométriques de l’environnement et sont dotées de soupapes spéciales qui permettent un ajustement fin de « l’attaque » à leur ouverture. A condition d’un réglage fin, l’ensemble se caractérise aux claviers par une légèreté et une précision de toucher rares pour un instrument de cette taille, même en accouplant ensemble les 4 claviers manuels comme le voulait Dominique Oberthür. De telles qualités contribuent à élargir la palette sonore de l’instrument et permettent des interprétations musicales d’excellence sur ce type d’orgue. L’harmonisation (*) : Par la façon dont ils travaillent et modèlent le son de leurs instruments, tuyau par tuyau, tels des artistes, les bons Facteurs d’orgues livrent peu ou prou de leur propre caractère : esthétique, qualité des timbres individuels ou des ensembles, couleurs et équilibres sonores. Même dans un style donné, chaque Facteur d’orgues développe sa façon de faire. C’est particulièrement le cas ici, où Dominique Oberthür a puisé dans son expérience et dans son intuition, pour ne pas dire dans ses convictions, pour dompter un vent qu’il voulait prompt et généreux puis harmoniser un à un les milliers tuyaux de cet orgue. A l’instar d’autres aspects purement techniques de la facture « Oberthür », sa technique d’harmonisation lui était propre. En résumé (car c’est un domaine complexe et délicat à très fine échelle de travail), il utilise l’énergie du vent d’une façon ambitieuse et, pour chaque tuyau, la méthode de réglage des paramètres d’harmonisation lui est très personnelle. * Harmonisation : travail de réglage du son d’un orgue (plusieurs milliers de tuyaux pour chaque instrument, selon la taille de ces derniers, dont seuls quelques-uns sont visibles en façade) : modelage du timbre, travail du style, affinage des équilibres sonores. Cette opération longue et délicate se réalise lentement. Elle dépasse l’indispensable et très fin savoir-faire technique : subjective d’un harmoniste à l’autre, elle impacte le rendu final, c’est une véritable signature sonore. |
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